LA PRESSE PARLE DE CONFORAMA

Voici un article du Monde d’aujourd’hui, copié ici dans son intégralité avec l’autorisation de son auteure.

« J’ai perdu 20 % du chiffre que je faisais avec eux » : derrière la crise à Conforama, une filière meuble aux abois

La restructuration de l’enseigne fragilise un tissu de plus de 13 000 entreprises employant 40 000 salariés.

Par Cécile Prudhomme  Publié aujourd’hui à 10h04, mis à jour à 10h58

Le sujet fait partie des « dossiers chauds » qui, au niveau économique, sont suivis de près par le gouvernement. Alors que se profilent les élections municipales, en mars 2020, les difficultés de Conforama, qui risque d’entraîner dans son sillage l’ensemble de la filière des fabricants d’ameublement (mobilier, literie, cuisine, bureau…), inquiètent en haut lieu.

« Le risque, en termes d’emploi dans les territoires, est très fort, confie-t-on à Bercy. En région, les commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises ont des consignes pour prendre en charge les acteurs de la filière et aller voir si les entreprises les plus fragiles ont besoin d’accompagnement. » Le sujet est d’ailleurs suffisamment délicat pour que le premier ministre, Edouard Philippe, soit informé chaque semaine de l’évolution de la situation.

Les fabricants doivent composer avec l’essor d’Ikea, les changements de mode de consommation et la crise qui touche les distributeurs

Il faut dire que ce secteur emploie plus de 40 000 salariés en France (auxquels s’ajoutent environ 10 000 artisans), à travers une multitude de petites entreprises disséminées sur l’ensemble du territoire. Il en existe 13 547, dont 12 900 comptant moins de 10 salariés, selon les chiffres de L’Ameublement français, la fédération professionnelle.

Or cette branche, qui, d’après l’Insee, a déjà perdu la moitié de ses salariés en dix ans, est fragilisée. « La fabrication de meubles a été durement touchée au cours des dernières décennies par l’arrivée massive, sur le marché français, de concurrents européens et chinois », alertait la CFDT-Construction et bois, le 5 juillet. Les fabricants doivent également composer avec l’essor d’Ikea, les changements de mode de consommation et la crise qui touche les distributeurs.Lire aussi  Conforama : Marc Ténart, un nouveau patron pour tenter de relancer le groupe

Pressions sur les prix

La fermeture annoncée, chez Conforama, de 42 magasins dans l’Hexagone (32 Conforama et 10 Maison Dépôt) et la suppression de 1 900 postes interviennent après la cessation d’activité d’un autre acteur historique, Fly, en 2018. Lamise en vente d’Habitat par la Cafom et la cession de Lapeyre par Saint-Gobain ne sont pas non plus de bon augure.Lire aussi  Les salariés de Conforama sous le choc après la suppression de 1 900 postes en France

Car la grande distribution d’ameublement (Alinéa, But, Conforama, Ikea…) représentait 49,7 % du marché français du meuble en 2018, à en croire les chiffres de l’institut IPEA, dont environ 16 % pour Conforama.

« Certains fournisseurs sont très dépendants de Conforama qui, parfois, représente 20 %, voire 30 %, de leur chiffre d’affaires », explique Patrick Blanchard, secrétaire national de la CFDT-Construction et bois. Un fabricant confirme : « Cela fait plusieurs mois que Conforama réduit ses commandes. J’ai perdu 20 % du chiffre d’affaires que je faisais avec eux. »

Aux baisses de volumes s’ajoutent des pressions sur les prix, Conforama et But se livrant, depuis des années, une guerre sans merci. « Ils ont asphyxié l’industrie française, en exerçant une forte pression sur les marges », s’agace le patron d’une PME. Et surtout des difficultés de trésorerie. Les fournisseurs étant payés 45 jours (au maximum) après leur livraison, ils font appel à des sociétés d’affacturage, qui s’occupent pour eux de gérer les encaissements des factures et de leur effectuer les règlements de manière régulière. Une mécanique d’avance de trésorerie bien huilée. Sauf que les assureurs-crédit n’ont progressivement plus garanti les paiements effectués par Conforama.

« A partir de septembre 2018, ils n’assuraient plus que la moitié du volume d’affaires que je faisais avec Conforama et, depuis avril 2019, ils ont totalement cessé. J’ai alors perdu tout mon flux d’avance de trésorerie. Et si j’envoie une marchandise à Conforama, je prends le risque de ne pas être payé si le groupe fait faillite dans le délai des 45 jours », s’alarme un fabricant.

Le plan de restructuration chez Conforama « entraînera inévitablement des destructions d’emplois chez les fournisseurs. Or les salariés ont bien du mal à retrouver un emploi dans des petites communes », prévientM. Blanchard. Et de souligner que « ces PME sont souvent la principale entreprise du bassin d’emploi : dans les Vosges [Ekipa], en Haute-Saône [Parisot], dans le Nord [Meubles Demeyere ou les matelas Simmons] ».

A cette aune, des entreprises ont déjà commencé à réduire la voilure. Principal acteur du marché de la literie en France, Cofel a fermé, fin février, l’usine Copirel, située à Mazeyrat-d’Allier (Haute-Loire), forte de 80 salariés, qui produisait des matelas et sommiers de la marque Bultex. Or Cofel, qui employait près de 850 personnes sur ses cinq sites français fin 2018, est détenu à 50 % par le groupe espagnol de literie Pikolin et, depuis 2016, à 50 % par… Steinhoff, la maison mère de Conforama.

Les Meubles Demeyere, qui compte 800 personnes, a lancé en mars un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour supprimer 48 postes sur les sites de la métropole lilloise (Pérenchies, Linselles et Deûlémont) et sur celui de Nersac, près d’Angoulême. Pour sa part, le fabricant de meubles Parisot, en redressement judiciaire depuis juin, a présenté, début octobre, aux représentants du personnel un PSE concernant 127 des 470 emplois de son site de Saint-Loup-sur-Semouse, en Haute-Saône.Grève perlée contre des indemnités jugées « scandaleuses »

Plusieurs centaines de salariés des magasins et du siège de Conforama sont régulièrement en grève pour protester contre les propositions faites par l’entreprise dans le cadre de la négociation en cours du plan social, notamment sur les indemnités de licenciement supralégale. La direction a commencé par suggérer une somme comprise entre 1 000 euros (jusqu’à dix ans d’ancienneté) et 2 500 euros (plus de vingt ans), jugée « scandaleuse » par les syndicats. Ces derniers mettent en avant les 1,6 mois de salaire par année d’ancienneté obtenu chez Castorama lors du PSE signé en juillet. Mardi 22 octobre, la direction a amélioré sa proposition avec des montants allant de 2 000 euros (jusqu’à cinq ans d’ancienneté) à 7 000 euros (à partir de vingt ans d’ancienneté), auxquels s’ajoutent 500 euros par an au-delà de vingt-cinq ans. Insuffisant pour trois des quatre organisations syndicales, qui ont quitté la table des négociations. La prochaine réunion se tiendra le 29 octobre.

A lire aussi un précédent article du même journal :

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/09/30/conforama-un-nouveau-patron-pour-tenter-de-relancer-le-groupe_6013593_3234.html

Voir aussi :

http://www.leparisien.fr/economie/appel-a-la-greve-chez-conforama-a-partir-de-mercredi-15-10-2019-8173383.php

http://www.neomag.fr/actualite/i-8814/chez-conforama-langoisse-monte.html